VINCENT GUIMAS, L’ARTISAN DU NUMÉRIQUE

Janvier 2017

Situés quelque part entre la coopérative d’entreprises, le centre de recherche, la colocation créative et le laboratoire de design expérimental, Les Arts Codés posent les bases d’un artisanat numériquement modifié, contemporain et urbain. Explications avec Vincent Guimas, cofondateur. 

Les Arts Codés ont vu le jour en 2015. Comment cela s’est-il fait ?
Fin 2014, la résidence de notre projet de micro-usine urbaine – Nouvelle Fabrique – au Centquatre à Paris se terminait et nous avons dû rechercher un nouveau lieu. Le Cerfav, Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers, cherchait alors à partager leurs locaux sur Pantin. Nous en avons profité pour bâtir un projet commun. C’est ainsi que sont nés Les Arts Codés, un groupement de 5 projets : l’agence de design In-Flexions, Magnalucis, spécialiste de l’éclairage muséographique et architectural à LED, Polyrepro, à la pointe de l’impression 3D, et donc le Cerfav et la Nouvelle fabrique.

Et quel est ce projet ?
Il repose d’abord sur la convergence entre des savoir-faire traditionnels, comme ceux des souffleurs de verre du Cerfav, et les savoir-faire du design associés à la puissance des outils numériques. Pour nous, le numérique est une matière comme une autre et le projet consiste à l’intégrer comme telle dans de nouveaux processus et scénarios de production ouverts et participatifs, aussi bien pour les professionnels que pour le grand public.  

Spécifiquement en milieu urbain ?
D’ici 2050, les trois-quarts de l’humanité vivront en ville. Le temps s’accélère... comment l’homme vivra-t-il plus tard ? Nous sommes des utopistes et nous pensons que la maîtrise des outils contemporains, la chaine de conception-production numérique, sont indispensables à l’émancipation du créateur. Ces outils se complexifient et peuvent facilement nous enfermer dans des usages prédéfinis. Comme le suggérait Ivan Illich dans La convivialité (un penseur de l’émancipation individuelle dans la société post-industrielle, dans les années 1970, ndlr), nous questionnons en permanence les outils qui nous accompagnent afin qu’ils augmentent nos compétences, qu’ils deviennent conviviaux.  

Concrètement, comment fonctionnent Les Arts Codés ?
Si nous nous présentons comme coopérative, c’est avant tout un manifeste écrit à 5 structures qui régit nos intentions et nos collaborations. Ce contrat moral peut paraître romantique mais il nous offre une capacité à imaginer et construire ensemble puissante et agile. La proximité des acteurs est un facteur essentiel. Autour d’un déjeuner, à chacune de nos pauses nous partageons nos expériences. Si chaque structure a sa propre activité, nous travaillons et expérimentons régulièrement à plusieurs sur des projets novateurs, comme De Passage que nous installerons en mars passage de l’Ourcq dans le cadre du programme Reconquête urbaine de la Ville de Paris (lire le focus).

Les Arts Codés ont également été sollicités par un grand constructeur automobile...
Ici, nous avons les savoir-faire artisanaux et l’équipement nécessaire pour expérimenter en temps réel : j’ai une idée, je la fais. L’été dernier, nous avons collaboré avec l’une des équipes Design du Technocentre Renault. Sur le mode « atelier inspirant », nous avons accueilli leurs idées avec nos savoir-faire. La concept-car Trézor fut présentée à la presse aux Arts Codés en avant-première, gage d’une collaboration réussie.

Et quels sont les projets à venir ?
Les Arts Codés sont aussi à l’initiative du projet Fab City Grand Paris qui réunit plusieurs lieux du nord- est parisien autour d’une idée simple. La ville est à construire ensemble. Nos lieux peuvent devenir les courroies de transmission. De nombreuses villes dans le monde ont rejoint ces initiatives locales et facilitent les expérimentations à l’échelle de quartiers. Les sujets et les expériences développées questionnent et expérimentent de nouveaux circuits courts de production et de consommation de biens, de datas et de réemploi de déchets. Nous avons également eu des fonds européens via Est Ensemble et nous allons pouvoir aménager les 200 m2 supplémentaires pour y créer une cuisine collaborative, un espace de coworking et une salle de formation.

En savoir plus sur lesartscodes.fr

FOCUS
De Passage, les flux mis en lumière Porte de Pantin dans le 19ème arrondissement de Paris, Les Arts Codés vont poser en mars une installation lumineuse nommée De Passage. Sous le tablier du pont grâce auquel le boulevard périphérique enjambe le canal de l’Ourcq, des symboles lumineux s’activeront selon l’intensité et le sens des flux des piétons qui longent le canal, des bateaux qui y naviguent et des voitures qui le survolent. Une prouesse technique et artistique, faite de LED et de capteurs de mouvements, qui réussit à rendre visible aux passants un monde de données numériques de plus en plus présentes dans la ville... 

Retrouvez son portrait dans le magazine n°29

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